Ecologie de guerre. Ecologie de marché. Ecologie financière, l’analyse de Thierry Meyssan

Posted on 9 mai 2010. Filed under: divers |

« L’abolition de l’esclavage ne fût pas seulement une décision morale; elle a aussi conduit à la révolution industrielle et à une croissance de la créativité et de l’emploi. Il est temps à présent d’abolir notre addiction envers le pétrole »
– Shaï Agassi, fondateur de BetterPlace

Objectif Terre des Hommes, le Blog des EcoTechnologies.

Cette analyse de Thierry Meyssan contient des points à mon avis très intéressants (ceci même si le passage sur  Cochabamba est à mon avis très partiel : l’auteur parle des dérives liées à la théorie Gaïa dans la deuxième partie du dossier, quand il parle de Maurice Strong, mais omet de faire le lien entre Gaïa et Pachamama dans la troisième partie).

Mais l’essentiel est là : il identifie clairement la stratégie écoeurante des grandes groupes industriels dans le domaine environnemental, stratégie d’évitement de la responsabilité par incitation à l’auto-culpabilisation des citoyens. « C’est pas nous, c’est vous ». J’avais parlé de cette stratégie ici en octobre 2009.

– Olivier

« Le discours environnemental est entré sur la scène politique internationale au début des années 80. Positif par essence, il est vite devenu un attribut indispensable du pouvoir légitime. Les plus importants chefs d’Etat ou de gouvernement se le sont approprié à un moment ou à un autre. Tandis que les multinationales les plus polluantes ont abondamment financé les organes compétents de l’ONU. Dans cet article en trois parties —qui ne fera plaisir ni aux écolos, ni à leurs adversaires—, Thierry Meyssan retrace l’embarrassante histoire de cette rhétorique. Elle a souvent consisté à manipuler les bons sentiments ou la peur de l’avenir pour faire passer des décisions militaires ou économiques contestées (…) En 40 ans, les questions environnementales ont été instrumentées aux fins politiques les plus différentes par Richard Nixon, Henry Kissinger, Margaret Thatcher, Jacques Chirac et Barack Obama. Aucun de ces leaders n’a cru que les variations climatiques sont imputables à l’homme et menacent sa survie. Pourtant, la plupart l’ont dit et ont trouvé un intérêt différent à le dire. Voici l’histoire de l’écologie politique comme champ d’affrontement des grandes puissances (…) »

1970-1982 : L’écologie de guerre

« (…) Le milliardaire David Rockefeller milite pour l’arrêt de la croissance mondiale. Il sponsorise un think tank, le Club de Rome. Celui fait réaliser une étude par l’équipe de Dennis Meadows (Massachussetts Institute of Technologie), qui est publiée sous le titre Halte à la croissance ? et devient un best-seller. Il relance la question posée par Thomas Malthus (1766-1834) : celle de la croissance beaucoup plus rapide de la population et de sa consommation que des richesses produites (…)

http://www.voltairenet.org/article163379.html

1982-1996 : L’écologie de marché

Au cours des années 80-90, l’écologie a été dissociée des questions de Défense pour se confondre avec les problématiques économiques. Dans ce second volet de son étude sur l’histoire de la rhétorique environnementale, Thierry Meyssan analyse comment les multinationales ont renversé la situation et sont passées de la position d’accusé à celle de sponsor des associations vertes (…)

James Gus Speth, ex-conseiller Environnement de Jimmy Carter, et Jessica Mathews (ex-adjointe de Zbignew Brzezinski au Conseil de sécurité nationale et administratrice de la Rockefeller Foundation) fondent un think tank écologiste destiné à influencer la Banque mondiale, le World Resources Institute. Financé par des multinationales, il sera le premier organisme de ce type à consacrer de gros budgets à l’étude politique du climat. Il met en cause la capacité des États à répondre aux défis environnementaux et préconise une gouvernance globale qui, selon lui, passe par le marché et non par l’ONU. Les traités sont inutiles. C’est aux multinationales de faire avancer ces dossiers et elles ne le feront que lorsque leurs actionnaires y trouveront un intérêt (…)

En 1986, la navette Challenger se désintègre en vol, 73 secondes après son décollage. Les États-Unis décident l’interruption immédiate des vols. La NASA entre dans une phase d’introspection et de réorganisation. Pour sauver son budget, elle envisage de se reconvertir dans l’observation par satellite des changements climatiques. Le directeur de l’institut de climatologie de la NASA, James Hansen, dramatise le problème lors de son audition par une commission du Sénat. Grâce à lui, le mouvement écologique états-unien trouve une caution scientifique et la NASA récupère son budget. Hansen relance la théorie de « l’effet de serre » : la présence dans l’atmosphère de certains gaz, dont le CO2, augmenterait la température globale de la surface terrestre  ; un concept formulé en 1896 par le physicien et chimiste suédois Svante Arrhenius. Ce scientifique scientiste avait émis l’hypothèse que l’humanité pourrait échapper à un nouvel âge glaciaire grâce à la chaleur de ses usines. Sa démonstration s’était avérée improvisée et l’idée avait été abandonnée. James Hansen la reprend —sans la vérifier—, pour en tirer la conclusion inverse : le développement industriel va provoquer un réchauffement climatique préjudiciable à l’humanité.(…)

Margaret Thatcher s’empare à son tour de la question climatique et s’impose rapidement comme le leader mondial en la matière (…) Les Premiers ministres canadien et britannique Brian Mulroney et Margaret Thatcher convainquent leurs partenaires du G7 (États-Unis, France, Allemagne et Italie) de financer un Groupe inter-gouvernemental d’étude sur l’évolution du climat (GIEC) sous les auspices du PNUE et de l’Organisation météorologique mondiale (…) Le GIEC ne prend tout son sens qu’avec le Hadley Center. Lady Thatcher n’a pas voulu créer une académie scientifique internationale, mais un organe politique, chargé d’encadrer la recherche ; et ce d’autant plus facilement que les savants qui y participent ont besoin du Centre Hadley pour poursuivre leurs travaux. Son objectif n’était pas de fabriquer une fausse science pour appuyer une ligne politique, mais d’ orienter la recherche fondamentale pour qu’elle devienne une recherche appliquée, utile à une nouvelle révolution industrielle qu’elle appelait de ses voeux (…) Lady Thatcher ferme les mines de charbon, s’appuie sur le pétrole de la mer du Nord et prépare l’avenir avec le nucléaire (…)

1992 : Rio, le troisième « sommet de la Terre » et le triomphe de Maurice Strong

Soudain, Strong renonce. Selon ses dires, un sage lui aurait révélé les propriétés mystiques de ce lieu sacré pour les Indiens. Avec son épouse Hanne, persuadée d’être la réincarnation d’une prêtresse indienne, ils créent la Manitou Foundation, dont elle est présidente et lui trésorier. Ils investissent 1,2 million de dollars. Ils construisent au Baca Ranch de Crestone un vaste complexe de spiritualité New Age où se côtoient temples hindous et bouddhistes, temples juifs et églises chrétiennes, chamans et autres sorciers, selon un urbanisme ésotérique. De hautes personnalités membres du très sérieux Aspen Institute (Rockefeller, Kissinger, etc.) viennent y méditer afin que toutes les religions ne fassent plus qu’une. Laurance Rockefeller (frère de David) fait un don de 100 000 dollars. Cette étrange aventure prend fin aussi subitement quelle avait commencé, sans que l’on ait jamais su si elle relevait du délire collectif ou si elle faisait partie d’un plan de communication pour adoucir l’image de requins de Maurice Strong et de ses amis. Au demeurant, le Baca Ranch aura servi de laboratoire pour élaborer la vulgate écologiste : une religiosité branchée, fondée sur le mythe biblique du déluge, enrobé de divers emprunts culturels, notamment bouddhistes. L’homme pécheur a succombé à la tentation industrielle et doit assumer le châtiment divin. A cause du réchauffement climatique qu’il a provoqué, les eaux bientôt recouvriront la surface de la Terre. Seul Noé l’écologiste survivra au déluge et avec lui les plantes et les animaux qu’il aura sauvés (…) Cette croyance s’appuie sur une cosmogonie inspirée des travaux du chimiste James Lovelock (élevé à la dignité de Commandeur de l’Empire britanique par Margaret Thatcher) : la théorie Gaïa (…)

Pendant que Maurice Strong et ses amis préparent la conférence, de nombreux scientifiques manifestent leur gêne devant la tournure des choses. Le journaliste français Michel Salomon réunit 3000 universitaires et 72 récipiendaires du Prix Nobel autour de l’Appel d’Heidelberg. Faisant allusion aux sanctuaires du Baca Ranch et aux théories de Gaïa, ils dénoncent « l’émergence d’une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social » (…) »

http://www.voltairenet.org/article164791.html

1997-2010 : L’écologie financière

Après avoir servi à Henry Kissinger et à Margaret Thatcher, la rhétorique environnementale a été récupérée par Al Gore. Il ne s’agit plus de détourner l’attention des guerres de l’Empire US, ni de restaurer la grandeur de l’Empire britannique, mais de sauver le capitalisme anglo-saxon. Dans ce troisième et dernier volet de son étude sur le discours écologiste, Thierry Meyssan analyse la dramaturgie préparatoire du sommet de la Terre de 2012 et la rébellion de Cochabamba (…) Dans son premier rapport, en 1990, le GIEC considérait comme « peu probable » une augmentation sans ambiguïté de l’effet de serre « dans les prochaines décennies ou plus ». En 1995, un second rapport de cet organe politique reprend à son compte l’idéologie du sommet de Rio et « suggère une influence détectable de l’activité humaine sur le climat planétaire » (…)

L’idée semble vertueuse, mais le diable se cache dans les détails : la création d’un marché des permis négociables ouvre la voie à une financiarisation supplémentaire de l’économie et, partant de là, à de nouvelles possibilités pour poursuivre le pillage des pays pauvres (…) En définitive, une holding —la Climate Exchange— est créée sous la forme d’une société de droit britannique de type Public Limited Company (c’est-à-dire que ses parts ont été vendues lors d’un appel public et que la responsabilité de ses actionnaires est limitée aux apports). Ses statuts sont rédigés par un administrateur de la Joyce Foundation, un juriste alors totalement inconnu du grand public, Barack Obama. L’appel public aux investisseurs est lancé par l’ancien vice-président des Etats-Unis, Al Gore, et par David Blood (ancien directeur de la banque Goldman Sachs) (…) Naïvement, les membres de l’Union européenne sont les premiers à adhérer à la théorie de l’origine humaine du réchauffement climatique et à ratifier le Protocole. Mais pour qu’il entre en vigueur, ils ont besoin de la Russie (…)

Copenhague, en attendant le sommet de la Terre de 2012

C’est en 2012 que devrait se tenir le cinquième sommet de la Terre et la révision du Protocole de Kyoto. Cependant Washington et Londres ont décidé d’ériger la XVe conférence sur les changements climatiques en un grand rendez-vous intermédiaire. C’est que la nouvelle politique anglo-saxonne entend utiliser le réchauffement climatique pour faire avancer ses deux objectifs majeurs : sauver le capitalisme et s’approprier la capacité de l’ONU à écrire le droit international (…)La conférence de Copenhague a été précédée d’une longue et puissante campagne de propagande. A commencer par le film d’Al Gore, An Inconvenient Truth, présenté au Festival de Cannes 2006, et qui lui vaut le Prix Nobel de la paix 2007. L’ex-vice-président des Etats-Unis, dont on a oublié le double jeu à propos du Protocole de Kyoto, se présente comme un militant convaincu. Pour défendre sa noble cause, il lui consacrerait bénévolement son temps libre. En réalité, il a réalisé ce documentaire et entrepris une tournée promotionnelle en qualité de conseiller rémunéré de la Couronne britannique, véritable commanditaire de l’opération. Al Gore est un spécialiste des manipulations de masse. C’est lui qui avait organisé, à la fin du XXe siècle la grande angoisse millénariste du « boge de l’an 2000 ». Il avait alors suscité la création d’un groupe d’experts de l’ONU, l’IY2KCC — en tous points comparable au GIEC—, pour donner l’apparence d’un consensus scientifique autour d’un problème mineur monté en épingle (…)

Durant les 40 années de discussions à l’ONU sur l’environnement, les choses ne se sont pas améliorées, bien au contraire. Mais un incroyable tour de passe-passe a été réalisé : la responsabilité des Etats a été oubliée, celle des multinationales à été occultée, tandis que celle des individus a été stigmatisée. L’arbre cache la forêt (…) Les principales atteintes à l’environnement ne sont pas la conséquence de modes de vie particuliers, ni de l’industrie civile, mais des guerres entreprises pour permettre aux multinationales d’exploiter les ressources naturelles, et de l’exploitation sans scrupule de ces ressources par ces multinationales pour alimenter les armées impériales (…) »

http://www.voltairenet.org/article164792.html

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