politique

Nous sommes tous des hypocrites | Frankfurter Allgemeine Zeitung Francfort

Posted on 10 mai 2010. Filed under: politique | Étiquettes : |

Dessin  de Stephff paru dans Il Sole-24 Ore

Dessin de Stephff paru dans Il Sole-24 Or

La Grèce doit faire preuve de davantage de crédibilité, entend-on un peu partout. Mais elle n’est pas la seule à travestir la réalité, rappelle la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il est temps de se débarrasser des mensonges sur lesquels repose notre société.

Tous les Crétois sont des menteurs, disait Epiménide le Crétois. Dans l’épître de Saint-Paul à Tite, la parabole philosophique évoquant ce cercle infernal de la logique paraît plus rude encore : “Quelqu’un d’entre eux, leur propre prophète, a dit : les Crétois sont toujours menteurs, de méchantes bêtes, des ventres paresseux”. Ce que l’on appelle le Paradoxe d’Epiménide trouve désormais son application dans la politique. Car tout le monde pousse des hauts cris parce que les Grecs auraient menti. Parce qu’ils vivaient au-dessus de leurs moyens. Parce qu’ils ont contracté plus de dettes qu’ils n’ont jamais pu en rembourser, et qu’ils attendaient que le reste de l’Europe — ou plus précisément, une partie du reste de l’Europe — leur serve de trésorier. Tout comme les banques qui ont récupéré les titres grecs dans leurs portefeuilles en se disant qu’un Etat peut certes se retrouver en faillite, mais pas un membre de l’UE.

Une attitude encouragée par les politiques

Pourtant, cette agitation elle-même fait partie du mensonge. Nous sommes tous crétois, de toute façon, en ce qui concerne le mensonge, plus que dans le domaine de l’auto-accusation. Athènes doit continuer à économiser, proclame-t-on. Mais il n’y a pas un seul Etat européen qui ne laisse pas sa population dans le flou quant à la situation fiscale. D’ailleurs, il n’y a pas un peuple pour désapprouver les primes à la casse, les fantasmes d’allègements fiscaux et les euphémismes sur le réendettement. Il y a bien un peu de mécontentement de temps à autre, mais guère plus. Pas un politicien qui, à la veille d’élections – comme en Rhénanie du Nord-Westphalie en ce moment, n’aura recours aux trucs les plus spécieux pour agiter les impôts sous le nez des électeurs.

Athènes devrait continuer à épargner, affirme la débitrice [Angela Merkel]. Toutes ces gesticulations absurdes histoire de morigéner les Grecs servent avant tout à démontrer que l’on a, soi-même, son budget bien en main. En main ? A Bruxelles, ce Bruxelles où l’on déclare aujourd’hui vouloir soumettre la Grèce à une surveillance sans précédent, on n’a jamais eu la volonté, des années durant, d’éviter le pire. Les Crétois qui s’y trouvent connaissent-ils la situation fiscale des Portugais, des Bulgares, des Hongrois ou des Italiens ? Des Allemands ? La réponse ne peut être que : oui, bien sûr qu’ils la connaissent.

Mais quand la politique consiste à intégrer des Etats et des continents entiers grâce à la prospérité, il n’est pas exclu que l’on ait fermé les yeux sur l’impossibilité de financer ces nobles objectifs — le concept européen ayant pour nom “cohésion”. “Ôtez à une société moyenne le mensonge vital, et c’est en même temps l’ordre politique que vous lui prenez”, pourrait-on dire en paraphrasant Ibsen.

Les banques mentent, nous continuons comme si de rien n’était

Au nombre de ces mensonges vitaux, citons tous ces efforts rhétoriques par lesquels nous mettons en œuvre nos fictions de la rationalité. Nous sommes censés vivre dans une société de l’observation et de la surveillance permanentes, de l’évaluation et de la certification constantes. Nous sommes également censés vivre dans une société du savoir. Pourquoi le recours à de tels concepts ne fait-il rire personne ? Même les catastrophes politiques les plus retentissantes ne sont reconnues que quand elles ne peuvent plus être niées par le ventre le plus paresseux.

Dans une certaine mesure, la Grèce n’est qu’un exemple. Nous émettons des certificats dont nous savons qu’ils n’ont d’autre valeur que celle du papier sur lequel ils sont rédigés. Des milliers de politiciens sont constamment prêts à prendre l’avion pour aller assister à des conférences où l’on vise à parvenir à des accords tout en se déclarant sur la bonne voie. Quand les banques nous mentent et nous exploitent, nous ne les croyons plus pendant une fraction de seconde, puis nous continuons comme si de rien n’était. Cela vaut pour les politiques, pour les présentateurs télé, les consultants en entreprises.

Par le biais de considérations complexes, nous démontrons que les dettes sont des investissements sur l’avenir, que l’Europe, c’est super, ou que le kérosène, l’augmentation de la production automobile, les mises en veille et l’élevage subventionné ne peuvent pas être responsables du changement climatique. Et la Grèce doit devenir plus crédible. Aussi crédible que nous, que les banques, que les gourous, que les chancelières, que les Crétois.

Jürgen Kaube
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L’agonie du siècle américain, par Henry Allen

Posted on 23 avril 2010. Filed under: politique |

21 avril 2010, le rêve américain se meurt, et avec lui le siècle de magistère sur le monde que l’Amérique s’était promise à elle-même, au nom d’une destinée manifeste qui n’est plus qu’une illusion dont il convient de se défaire, écrit Henry Allen, qui collabore au Washington Post depuis 39 ans et a obtenu en 2000 un prix Pulitzer pour son œuvre critique.
par Henry Allen, Washington Post, 20 avril 2010

Le rêve se meurt.

Voici ce qu’il était : une croyance que le monde avait un amour particulier pour les Américains, pour notre ardente innocence, notre spontanéité un peu gauche, pour notre volonté de partager l’évidente et véritable lumière de la démocratie avec ceux qui se battent encore dans les ténèbres de l’histoire, pour notre énergie imprévisible, notre musique syncopée et nos sourires de joueurs de baseball. Ajoutez à cela la majesté de montagnes violettes et les frissons parcourant des blés couleur d’ambre, et vous voyez de quoi il s’agit [1].

Il est difficile de dire à quel moment précisément est né ce rêve. Est-ce avec le tour du monde de la Grande Escadre Blanche [2] de Teddy Roosevelt ? Avec la guerre menée par Woodrow Wilson afin de rendre le monde plus sûr pour la démocratie ? En 1940, Henry Luce, qui disait aux Américains chaque semaine dans « Time and Life » qui ils étaient, a proclamé « le siècle américain. » La Seconde Guerre mondiale l’a réalisé.

Ce rêve est devenu le mien avec les bobines d’actualités et les pages du magazine Life, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque j’ai vu les images des Français et des Italiens jetant des fleurs à nos troupes qui les libéraient des nazis, de GI rentant à la maison avec leurs fiancées européennes, d’enfants allemands au milieu de décombres, regardant le ciel et encourageant les avions américains qui leur apportaient de la nourriture durant le pont aérien de Berlin.

Né en 1941, j’étais encore très jeune, mais assez grand pour considérer que ces vérités allaient de soi : Nous n’avions pas conquis ; nous avions libéré. Nous étions toujours les bons, placés du bon côté Malgré les récriminations à propos des Yankees incultes et grossiers, tout le monde, en secret, voulait vivre comme les Américains. Lorsque ces gens nous jetaient des fleurs, c’étaient nos amis, et non pas des collaborateurs, comme ces femmes françaises dont les villageois ont rasé la tête lorsque leurs petits amis allemands sont partis avant l’arrivée des Américains. Ces femmes sont restées sur place, bien sûr – personne ne voulait être une épouse de guerre de nazis dans l’Allemagne de l’après-guerre.

Ils ont perdu, nous avons gagné. Rien ne permet de se faire autant d’amis qu’une victoire totale, du genre de celles que nous n’espérons même plus. C’est ainsi qu’au Japon, frappé deux fois par la bombe, les jeunes gens ont adopté le baseball

L’Amérique allait diriger le monde, non pas à son profit, mais – pour la première fois dans l’histoire – pour le bien de la planète.

Rêve merveilleux ! Il a subi quelques déconvenues, mais a survécu à notre échec en Corée, notre défaite totale au Vietnam, à notre retrait du Liban, à la catastrophe Somalienne du « Blackhawk Down ».

Il nous a survécu, alors que nous nous ridiculisions, quand notre sauvetage des otages en Iran a sombré dans le chaos la poussière du désert, sans un coup de feu de l’ennemi. Nous ne pûmes même pas ramener tous nos morts pour les enterrer.

Nous avons bombardé un hôpital psychiatrique à la Grenade, pendant que nous libérions le monde de quelque vague menace communiste. Nous avons bombardé une usine produisant de l’ibuprofène en Afrique, en représailles à une attaque contre notre ambassade à Nairobi. Nous avons bombardé l’ambassade de Chine durant notre guerre aérienne pour libérer le Kosovo. Le rêve a même survécu à George W. Bush, qui a déclenché une guerre pour débarrasser l’Irak des armes de destruction massive.

Il n’y avait pas d’armes, mais nous avons continué le combat pour sécuriser la démocratie en Irak et avons fini par des séances de torture de masse à Abou Ghraib, qui ont donné ces photos souvenirs si colorées de nos GI Joes et Janes. Les enfants irakiens jouent-ils déjà au baseball ?

Barack Obama a remporté l’élection présidentielle grâce à une campagne électorale promettant une meilleure guerre, encore plus grande, dans l’Afghanistan voisin. Comme toujours, obéissant au mandat du rêve américain, nous envahissons un pays sans aucune autre raison que son propre bien. C’est ce que les gens ne semblent pas comprendre.

Comme dans la vallée de Korengal, en Afghanistan, que les soldats américains ont abandonné mercredi dernier, cinq ans après l’avoir envahi pour y apporter la vérité, la justice et le modèle américain à des Afghans qui en retour nous ont haï.

Nous leur avons donné de l’argent, toutes sortes de friandises. Mais ils nous haïssaient.

Nous les avons suppliés de nous laisser construire une route qui les relierait au monde extérieur. Ils ont haï la route. Et puisque nous ne l’avions pas compris, ils ont fait exploser six ouvriers du chantier de construction de cette route.

Ils nous haïssaient à un point tel que nous avons du les acheter – 23 000 litres de carburant et une grue – pour nous laisser partir, sans qu’ils nous tuent pour le plaisir.

Nous étions des étrangers. En fait, beaucoup de gens détestent les étrangers. (C’est pourquoi on les appelle les « étrangers ».)

Les gens n’aiment les étrangers que lorsqu’ils viennent en petit nombre pour dépenser de l’argent puis repartir ; ou lorsqu’ils viennent en armées, pour chasser d’autres étrangers encore plus détestés, puis repartent. J’ai pris un jour le thé avec la femme d’un chef de village indonésien. Elle se rappelait comment les Japonais avaient été acclamés pour les avoir libérés des néerlandais, jusqu’à ce qu’ils déportent les hommes dans des camps de travail. Ensuite, les iliens ont applaudi les Américains qui avaient chassé les Japonais.

Nous ne faisons pas l’objet d’un amour particulier. Nous avons nos propres vertus, et nous nous sommes rapprochés plus que toute autre nation de la réalisation de ce commandement de Jésus enjoignant d’aimer nos ennemis. Mais nous nous éveillons de ce rêve.

Et pourtant, nous nous accrochons à lui. John Kennedy avait promis que nous accepterions de payer n’importe quel prix, supporterions n’importe quel fardeau, pour parvenir à le réaliser. Et Ronald Reagan nous a comparés à « une ville sur une colline », vers laquelle les regards du monde se tournaient. Obama électrise ses auditoires lorsque se déploie sa rhétorique messianique de sauveur du monde.

Désormais, tout se passe comme si, sans ce rêve, nous ne serions pas l’Amérique, et qu’un candidat à la présidence ne peut l’emporter sans y croire.

Pourtant, le capitaine Mark Moretti, le commandant de nos forces à Korengal, s’est exprimé ainsi : « Je pense que partir est la bonne chose à faire. »

Le rêve se meurt. Ne le réanimez pas, s’il vous plaît.
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Publication originale Washington Post, traduction Contre Info (http://socio13.wordpress.com/2010/04/22/l%E2%80%99agonie-du-siecle-americain-par-henry-allen/)

[1] Référence aux paroles de l’hymne patriotique America the Beautiful – ndlr

[2] Surnom donné à l’escadre de l’US Navy qui a accompli un tour du monde de 1907 à 1909 – ndlr



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Tibet, 50 ans de solitude …

Posted on 10 mars 2009. Filed under: politique |

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C’est aujourd’hui le 50ème anniversaire des émeutes de 1959, dernier sursaut des tibétains pour regagner leur liberté et leur indépendance. Ce soulèvement populaire fut bien entendu écrasé dans le sang et provoqua le départ en exil du Dalaï Lama vers l’Inde.

Depuis cette époque la Chine a intensifié la sinisation du territoire à marches forcées. Le choix du leader spirituel tibétain est d’appliquer des revendications de demande de simple « autonomie » de la province dans le cadre d’une lutte non-violente.

Stratégie qui, il faut malheureusement le reconnaître, n’est pas couronnée de succès face au géant chinois qui alterne menaces envers tous ceux qui reçoivent le Dalaï Lama ou font simplement mine de le soutenir.

Remarquons qu’en Belgique, comme en France dernièrement, ses visites furent souvent annulées, voire reportées, pour « raison d’Etat », malgré la forte sympathie que soulève auprès de la population le combat désespéré du peuple tibétain.

Marquons donc ce jour …

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